Les groupes criminels en Ukraine sont en train de changer de modèle économique car la guerre, qui en est à sa quatrième année, a entraîné une augmentation des déplacements, des risques de trafic et de la demande de drogues de synthèse telles que la méthadone, indique l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans un rapport publié aujourd'hui.
« La guerre n'a pas seulement infligé d'indicibles souffrances au peuple ukrainien, elle a aussi déclenché une évolution marquée de la criminalité organisée, ce qui peut avoir de profondes répercussions sur le processus de redressement et de reconstruction du pays », a déclaré Angela Me, chef de la recherche et de l'analyse à l'ONUDC. « Avec ce rapport, l'ONUDC vise à fournir des recommandations pratiques à l'Ukraine et à la communauté internationale sur la façon de contrer et d'atténuer l’impact de la criminalité organisée dans le pays».
Le rapport analyse les structures de la criminalité organisée et leur évolution, ainsi que cinq types de criminalité : le trafic et la production de drogues ; les escroqueries et les fraudes en ligne ; le trafic d'armes ; la criminalité économique ; la traite des personnes ; et la facilitation des sorties illégales et de l'évasion fiscale.
Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022, le trafic de cocaïne et d'héroïne à travers l'Ukraine a considérablement diminué, en partie en raison de la fermeture de tous les aéroports et ports maritimes et du quadruplement des prix de l'héroïne en 2022. Toutefois, comme dans d'autres régions d'Europe de l'Est, la production et le trafic de drogues de synthèse, notamment de cathinones et de méthadone, ont augmenté. Le rapport note que la majeure partie de la méthadone produite en Ukraine ne sort pas du pays en raison de la demande intérieure croissante et de la fermeture des frontières.
De grands groupes criminels organisés et structurés dominent le marché des drogues de synthèse. Il s'agit notamment de groupes comme Khimprom, qui s'est également développé dans le domaine de la cyberfraude. Les cas d'escroquerie et de fraude en ligne ont plus que triplé en 2023 par rapport à 2022 et sont réalisés par l'intermédiaire d'environ 1 500 centres d'appel répartis dans tout le pays. La plupart des victimes sont Ukrainiennes, y compris celles qui ont été déplacés de force, même si des victimes d'autres parties de l'Europe sont également occasionnellement ciblées.
La guerre a augmenté la disponibilité des armes depuis février 2022, ce qui a entraîné une augmentation des saisies d'armes et de la violence parmi les civils, notamment la violence domestique et la violence entre partenaires intimes. Bien qu'il n'y ait aucune preuve suggérant un trafic d'armes à grande échelle en dehors de l'Ukraine, le rapport souligne l'importance de la surveillance étant donné le grand nombre d'armes disponibles, ainsi que la présence historique d'acteurs criminels spécialisés dans le trafic d'armes.
La fraude douanière et la contrebande de tabac pourraient coûter à l'Ukraine des centaines de millions de dollars, les contrebandiers évitant ou falsifiant les déclarations douanières.
Environ 14 millions de personnes, soit 35 % de la population, ont été contraintes de fuir leur domicile en Ukraine. Les déplacements peuvent accroître la vulnérabilité des personnes à la traite des êtres humains. En Ukraine, certains groupes criminels ont exploité ces populations pour profiter des subventions sociales destinées aux personnes déplacées à l'intérieur du pays et aux réfugiés. D'autres populations déplacées en Ukraine sont attirées dans des abris ou d'autres logements présentés comme de services d’assistance humanitaire, où elles sont ensuite soumises au travail forcé.
L'intensification des patrouilles à la frontière ukrainienne et la fermeture quasi-totale des frontières de l’est et du nord-est ont limité le trafic de migrants à travers l'Ukraine. Les trafiquants de migrants se sont plutôt tournés vers les hommes ukrainiens pour les aider à échapper à la conscription.
Le rapport contient plusieurs recommandations visant à lutter contre ces crimes et à en atténuer les effets. Il s'agit notamment de mettre en place un système de surveillance centralisé et des capacités d'analyse pour prévenir les activités de la criminalité organisée ; de renforcer le système de contrôle aux frontières capable de prévenir et d'intercepter le trafic de stupéfiants dans les situations de conflit et post-conflit ; d'améliorer la surveillance du détournement et du trafic de précurseurs ; de mettre en place des partenariats public-privé avec les secteurs des télécommunications et de la banque pour prévenir la cyberfraude ; et bien d'autres recommandations.
« La lutte contre la criminalité organisée est une condition essentielle pour parvenir à une paix durable, à la justice, au redressement national et à la protection des droits de l’homme, » a déclaré Matthias Schmale, Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire des Nations Unies en Ukraine. « Cet effort nécessite une approche intégrée gouvernementale et sociétale, avec le soutien des partenaires internationaux. L’ONU en Ukraine, par l’intermédiaire de l’ONUDC, est prête à soutenir ce travail crucial. »
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